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Par la présente, nous tenons à vous exprimer notre étonnement, qui s’est transformé en vif mécontentement, face à la volonté de réaliser une route forestière, du Châtelard au col de Voza, dans un site particulièrement sensible et partiellement classé, au pied du Mont-Blanc.

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Lettre au préfet

Communiqué d’une coalition d’associations et de collectifs

ROUTE FORESTIÈRE DU COL DE VOZA : ENTRE INEXACTITUDES ET ZONES D’OMBRES

Dans une série de films, la Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB) continue de défendre son projet de route forestière jusqu’au col de Voza, en répétant des propos flous ou inexacts. Ces films, financés par des fonds publics, ne répondent cependant pas aux nombreuses questions posées par les citoyen.ne.s autour de ce projet (bilan carbone, composition du revêtement de la route, impacts sur la biodiversité, étude des solutions alternatives, etc.).

Un projet qui tourne le dos à la démocratie

Si, pour la CCPMB, la concertation a eu lieu, les faits et écrits démontrent l’inverse. Lors de l’enquête publique, les associations ont demandé qu’une rencontre soit organisée avec tous les maires concernés par le projet. Seules les communes de Passy, Servoz et Chamonix ont répondu positivement. Le Maire de Saint-Gervais a refusé de les recevoir ou d’organiser une réunion publique sur ce dossier (réponse par mail le 25 septembre 2020). La maire des Houches a refusé une rencontre et, fait plus grave, a exclu les citoyen.ne.s des débats des Conseils municipaux du 2 octobre (tenu à huis-clos pour le sujet de la route forestière) et du 27 novembre (sans retransmission internet). Pourtant, l’enquête publique, bel exemple de démocratie directe, est sans appel. Sur 540 avis exprimés, 96 % sont défavorables voire très hostiles au projet - ce qui n’a pas empêché le commissaire enquêteur d’en donner un avis favorable. D’un point de vue politique une question émerge : à quoi sert une consultation citoyen.ne.s si son résultat n’est pas pris en considération par les élu.e.s ?

Comme s’y est engagé la commune de Passy dans le dernier bulletin municipal, stipulant que "chaque projet à "enjeux" sera soumis à l’avis des Passerands" (p. 21), nous demandons à ce que les projets d’urbanismes de ce type, ayant un impact notable sur la vie des habitant.e.s, soient débattus publiquement et votés par un référendum citoyen.ne.s contraignant pour les communes (donc réellement démocratique). Car, bien qu’on en ait l’habitude, le processus démocratique peut-il, et doit-il, se résumer à une délégation de pouvoir absolu aux têtes élues ?

L’impact du projet sur la biodiversité

Les vidéos postées par la CCPMB affichent la volonté de suivre des démarches respectueuses de l’environnement, voire même de faire de ce projet une démarche écologique en mettant en avant l’entretien de la forêt.

La forêt n’a jamais eu besoin de l’humain pour se réguler puisque, comme tout écosystème, elle sait le faire toute seule. Les forêts naturelles se régénèrent selon un cycle : le bois mort fournit gîte et couvert à de nombreuses espèces, et crée des trouées favorables au développement d’autres espèces. Les scolytes (bostryches), en participant à ce cycle, sont connus pour augmenter la biodiversité des forêts - d’autant qu’il manque cruellement de bois mort en forêt française.

Les scolytes sont eux-mêmes régulés par le Pic tridactyle qui s’en nourrit abondamment - il s’avère donc aberrant de compromettre l’habitat de cet oiseau. Ainsi, une forêt qui dépérit est un problème pour l’humain mais une aubaine pour la biodiversité. Si la présence du scolyte a augmenté avec le réchauffement climatique, aucune solution vraiment efficace n’a pour le moment été trouvée afin d’aider les forêts à s’adapter, laisser la nature faire semble donc être le geste le plus prudent.

De plus, si les promoteurs du projet annoncent que la route reprend des pistes existantes sur la majorité du tracé, ces chiffres ne prennent pas en compte le fait que ces pistes devront être considérablement élargies ou remises en état. De même, les routes créées se situeront principalement dans les pentes raides de la montagne de Tête Noire entre le Châtelard et le col de la Forclaz, nécessitant la création de nombreux virages dans une zone encore très préservée, ce pour permettre le passage de camions grumiers de 48t. Ajoutons à cela que l’activité humaine et la destruction des habitats due aux retraits d’arbres-gîtes ou aux passages d’engins portent préjudice à de nombreuses espèces. La zone concernée par le projet présente des espèces remarquables telles que la Chevêchette d’Europe, trois espèces de Chiroptères, et le Pic tridactyle. Ces espèces ont une préférence pour les habitats situés dans des forêts matures, le bois mort, les gros arbres et/ou les espaces peu fréquentés - leur présence nécessite au moins l‘un de ces critères. L’exploitation forestière aura donc un effet négatif direct sur ces espèces, en plus de toutes les espèces d’arthropodes dépendantes du bois mort (espèces saproxyliques) non répertoriées dans l’étude d’impact, et souvent menacées mondialement (Økland et al., 1996, Seibold et al. 2015).

Ce projet n’a donc aucune justification écologique viable.

La rentabilité économique

L’argument d’une exploitation forestière locale - auquel nous aimerions croire - permettant une consommation de bois en circuit court dans la vallée, est fallacieux et irréaliste. Les scieries locales ayant presque toutes disparu - il n’existe que quelques scieries de petites tailles dans la vallée de l’Arve, la dernière de taille importante est en redressement judiciaire - le bois devra probablement être exporté pour être scié, pour éventuellement revenir être consommé au pied du Mont-Blanc.

L’exploitation du massif de Tête noire existe déjà et peut continuer à son rythme actuel, soutenable pour la nature et sans venir altérer des parties encore préservées du massif.

Par ailleurs, le marché local du bois est en berne du fait des tempêtes et de la propagation du scolyte. En effet, la seule arme préventive officielle pour circonscrire la propagation du scolyte consiste à anticiper les coupes des arbres atteints dès les premiers signes, ce qui a pour conséquence une surabondance de bois sur le marché. Les conséquences locales sont sévères : de nombreuses coupes ont été annulées à l’automne du fait d’un taux d’invendus de l’ONF de plus de 50% dans la région pour l’année 20202, les taux d’invendus s’élevant à près de 70% dans la CCPMB et quasiment à 100% dans la vallée de Chamonix.

Le marché de l’Épicéa commun est particulièrement impacté par cette crise : la perte de valeur des peuplements attaqués va de 50 à 100 %, le prix moyen du bois ayant chuté de 22 % entre 2019 et 20183. Or le site du Col de Voza est composé très majoritairement d’épicéa.

Quels sont les objectifs réels du projet ?

Écologiquement catastrophique, non pertinent économiquement, qu’est-ce qui pousse la CCPMB à maintenir ce projet ? S’il n’est pas difficile de comprendre que l’aspect écologique soit mis de côté, il est plus difficile de croire que les élu.e.s en ignorent la faiblesse économique. La question qui reste en suspens est donc la suivante : pourquoi ?

Le premier rapport d’étude concernant ce projet, datant de 20135, met en avant le potentiel touristique de la zone concernée (voir p.10 et 11). En effet, le massif comprend deux stations de ski et un ensemble d’infrastructures dédiées au tourisme. On peut lire dans ce rapport que « L’entretien des pistes et la rénovation des équipements touristiques (hôtels, remontées mécaniques) et leur accès (pistes VTT et randonnées) est un enjeu très important sur ce massif qui peut constituer un levier à l’élaboration de projet de desserte ». Il y est également indiqué que le comité de pilotage a pensé de manière commune les trois projets que sont la création du TS des Mélèzes, la rénovation de la piste du Kandahar et la desserte forestière. Est-ce cette potentialité touristique qui fait que la route forestière se veut accéder jusqu’au haut du col ? Car la zone du Col de Voza (356 ha) n’est pas une zone d’exploitation forestière. Comme le montre le tableau relevant les « enjeux prioritaires des zones à desservir » (p.18), le Col de Voza en lui-même constitue un enjeu dans « l’accueil et le pastoral », mais en aucun cas dans la production de bois ou dans la protection de la forêt. Le rapport stipule d’ailleurs que « des projets ponctuels de complètement et amélioration de la desserte sur les territoires de trois Communes ont également été proposés. Deux projets de desserte ont été proposés en liaison à l’aménagement du domaine skiable. » (p.21)

La réalisation de films de publicité en faveur du projet, aux frais des contribuables, ne peut masquer les faits : le projet de route forestière au Col de Voza est construit sur un déni démocratique, il n’a aucune pertinence économique et son impact sur la biodiversité dans un secteur à protéger absolument est sans appel. L’accumulation de ces différents éléments nous poussent inévitablement vers cette question : quelles sont les réelles motivations de la CCPMB ?

Signataires de ce communiqué

Associations départementales et régionales
- FNE Haute-Savoie
- LPO Haute-Savoie
- Mountain Wilderness France Associations locales
- ACP (Association Citoyenne de Passy)
- ARSMB (Association pour le Respect sur site du Mont-Blanc)
- AVP (Association pour la qualité de la Vie à Passy)
- Inspire
- ProMontBlanc Collectifs de citoyens
- Collectif Béton
- Collectif de résidents de la vallée de Chamonix - A l’origine de la - pétition contre le projet

Vous trouverez sur ce site :

- Notre dernier journal Passy Citoyen n°8 ainsi que les anciens

- Des rubriques, des articles sur Passy, mais aussi des pages France et Europe.

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Une coalition grandissante d’associations et collectifs s’oppose au projet de route forestière entre le Châtelard et le col de Voza. Elle est composée à ce jour de la LPO Haute-Savoie, FNE Haute-Savoie, Mountain Wilderness France, ProMontBlanc, Inspire et un collectif de résidents de la vallée de Chamonix.

Randonnée-photo qui donne une idée de l’ampleur du projet : https://www.volopress.net/sortie5957.html

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Projet de route forestière au col de Voza